Il y a des livres qui, sans les avoir lu, impressionnent. J’ai toujours une petite appréhension, la sensation de me lancer dans un défi de longue haleine quand je commence un livre qui approche ou dépasse les mille pages (c’est symbolique). Je n’en ai d’ailleurs pas lu beaucoup.
Et pourtant, les quelques pavés que j’ai réussi à entamer ne m’ont jamais déçue. En l'occurrence, Belle du Seigneur fut un véritable coup de coeur et m’a beaucoup marquée. Je l’ai lu assez vite et je pense que c’est nécessaire pour ne pas se laisser dépasser par la longueur et, quelques fois malgré tout, les longueurs.
Ce roman n’a pas cessé de me surprendre. Je croyais lire une romance tendre et passionnée entre Solal et sa belle, mais j’ai été plus que désorientée dès le départ par ce que j’y ai réellement trouvé. Suspens, non ? (et si vous voulez lire ce livre avec des yeux aussi neufs que les miens et vous laissez surprendre comme je l’ai été, peut-être feriez-vous mieux d’arrêter votre lecture ici...).
Ma première surprise (je dirais presque déconvenue parce qu’au départ j’ai été un peu déçue... mais ce n’est que le temps d’accepter que je m’étais fait une fausse idée de ce roman) a été sur la teneur véritable de la relation entre Solal et Ariane, et ce depuis leur rencontre. Pas de romantisme, pas de tendresse. Cela dit, petit à petit, c’est vrai, on voit s’installer la passion, celle qui peut devenir possessive, violente.
Mais plus que d’amour, dans ce roman, j’ai été frappée par la place de l’amour-propre. A chaque page, on est confronté à des pensées égoïstes et/ou totalement égocentriques. De la part de chacun des personnages. C’est très dérangeant car cela nous met en face de nos propres manières de penser, mais comme il s’agit des autres, on remarque plus vite le côté négatif.
Cette vision du monde où des individus se côtoient, sans vraiment échanger, se fréquentent sans vraiment partager, aiment que les autres les aiment, est à la fois cruellement véridique parfois, mais aussi bien triste. Oui, j’ai trouvé triste de penser que chaque action, chaque parole ne vaut que par ce que les autres vont en penser. Pour moi, même si c’est rare, il est des sentiments, des mots et des gestes altruistes, entièrement désintéressés.
J’en parle négativement, mais toute la tension dramatique de l’ouvrage et de la relation de Solal et Ariane est là. C’est beau et cruel à la fois. Tout comme cette fin, presqu’incompréhensible mais, finalement, la seule qui aurait pu exister.
Toutefois, je dirais à partir du dernier tiers du roman, j’ai trouvé que des longueurs s’installaient, beaucoup de répétitions aussi. L’histoire stagne, on se retrouve piégé, comme les personnages principaux, dans cette histoire qui n’en finit pas. Il n’y a pas de nouveauté, pas d’aventure. C’est voulu, bien sûr, mais je pense que le lecteur pourrait s’épargner une centaine de pages de lassitude et comprendre aussi bien le propos de l’auteur. Toujours est-il que ce roman fait réfléchir, indéniablement. Je n’ai pas arrêté de partager mes impressions, au fil de ma lecture, avec Monsieur Menthe-à-l’eau et son frère qui était là. Ils doivent connaître les rebondissements par coeur : oui, j’étais tellement prise dans l’histoire qu’ils ont eu droit aux moindres détails !
A la découverte de cette œuvre, j’ai également été agréablement surprise par la galerie de personnages qui se déploie sous nos yeux. Presque tous aussi agaçants les uns que les autres et tous intéressants. On en s’ennuie pas et on comprend que, plus encore que l’amour de Solal et Ariane, ce livre est une étude critique de la vie en société. J’ai trouvé la description des relations de chacun et des pensées de chacun pleine de finesse. Par ailleurs, tous ces personnages permettent de mettre en avant le contexte historico-politique qui prend une dimension de plus en plus importante au fil des pages, et notamment l’antisémitisme qui va se faire destructeur.
Ma troisième surprise, et pas des moindre, à la lecture de ce roman, fut la découverte de la plume incroyablement original d’Albert Cohen. Et plutôt qu’originale, je devrais dire diversifiée. Les chapitres se suivent et ne se ressemblent pas. Le style est totalement différent : on passe d’une écriture classique, à des dialogues grandiloquents, à des monologues au discours indirect libre (d’un personnage, puis d’un autre), à de la poésie presque en vers, etc. C’est vraiment déroutant, parfois un peu compliqué mais surtout passionnant. Cette écriture sans cesse renouvelée est l’une des clés du roman qui fait que l’on ne voit pas (vraiment) passer ces mille et quelques pages. Une réussite selon moi !
Pour conclure, et parce que j’ai déjà l’impression d’en avoir beaucoup trop dit, Belle du Seigneur est un livre magnifique. Je le conseille absolument. Mais j’émettrais une réserve : je pense que c’est encore mieux si l’on n’est pas trop jeune et que l’on a déjà eu une expérience du couple et même de l’amour. Je pense que les impressions de lecture en sont décuplées par la résonance que cela crée en nous.
L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensez ? Un avis un peu plus négatif ? Ou emballé aussi ? Lisez-vous de gros pavés ? Pourquoi, pourquoi non ? A très vite !
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