mercredi 2 novembre 2016

De profundis, Emmanuelle Pirotte, 2016


Je ressors d’une lecture quelque peu éprouvante, très sombre mais qui m’a beaucoup plu. Il s’agit du roman De profundis d’Emmanuelle Pirotte. Il était en exposition, étiqueté « Nouveauté » à la bibliothèque de mon quartier et la quatrième de couverture m’a intriguée. Les livres exposés en tête de gondole sont quasiment certains de sortir, vous dirait un bibliothécaire. Clairement, ça marche sur moi. Aussitôt emprunté, aussitôt ouvert et terminé dans la semaine !


Dans un monde à la dérive, une femme en fuite, une fillette murée dans le silence, et une ancienne demeure habitée d'un secret.
Bruxelles, dans un avenir proche. Ebola III a plongé l’Europe dans le chaos : hôpitaux débordés, électricité rationnée, fanatismes exacerbés. Roxanne survit grâce au trafic de médicaments et pense à suivre le mouvement général : s’ôter joyeusement la vie. Mais son ex-mari succombe au virus, lui laissant Stella, une fillette étrange dont elle ne s’est jamais occupée. Quand une bande de pillards assassine sa voisine, Roxanne part pour un hameau oublié, où l’attend une ancienne maison de famille. La mère et la fille pourront-elles s’adapter à ce mode de vie ancestral et à cette existence de recluses ?

Le titre ne laisse pas beaucoup de doute quant au degré de noirceur de ce roman et autant vous y attendre si vous voulez vous lancer dans cette lecture, l’atmosphère est apocalyptique… Réaliste ou pas dans un futur proche, à vous d’en juger. Personnellement je ne suis pas si pessimiste sur l’avenir de l’humanité. Toujours est-il que j’ai aimé me plonger dans cet univers terrifiant qui fait écho à nos peurs actuelles et nous interroge sur nos attitudes et nos moyens d’actions pour ne pas en arriver là… ou pour survivre dans ce monde sans renoncer à toute humanité.

Ce roman m’a beaucoup fait penser à Ravage de Barjavel, il est dans la même lignée mais ce n’est pas la technologie qui est coupable ici de la chute de notre société, du moins pas uniquement. S’y mêle les catastrophes naturelles, les maladies, les guerres, les extrémismes religieux de tous bords, les dépendances, les addictions et l’individualisme. 

Par rapport à Ravage, même si mon souvenir date un peu, j’ai trouvé qu’Emmanuelle Pirotte nous parle de reconstruction plutôt que de fuite. Et ainsi, aux cœurs des ténèbres si je puis dire, ce roman m’a semblé davantage porteur d’espoir. Nous n’avons pas affaire à des organismes prêts à tout pour subsister mais à des êtres humains sensibles, qui osent s’interroger sur l’intérêt d’une vie dénuée de toute empathie, de tout sentiment. Qui ne veulent pas survivre à tout prix mais cherchent un sens à leur existence au milieu d’un monde devenu insensé.

Dans ce monde hostile en déroute, au cœur de la violence, nous suivons le destin de Roxanne qui semble avoir laissé une part de son âme dans le chaos ambiant. Ce personnage, froid au premier abord s'anime lorsqu'elle choisi de récupérer la garde de sa fille. On sent toute sa sensibilité à travers des gestes furtifs avant que celle-ci ne devienne de plus en plus évidente. Elle se fait de plus en plus attachante au fil des pages. Tous les personnages du roman sont touchants. L'auteur ne cède jamais au manichéisme et c'est certainement leur force. L'auteur nous donne des clefs pour les comprendre, même les plus cruels ou les plus lâches.

A partir de la moitié du roman à peu près, lorsque Roxanne et sa fillette, intrigante et attachante dans son mutisme, sont installées à la campagne encore épargnée du pire, on ne sait plus trop où on nous emmène. Le roman bascule du dystopique au fantastique. La maison est hantée d'une présence que l'on peine à cerner : imagination de Roxanne, fantôme ? J'ai trouvé cet aspect du roman suffisamment subtil au début pour que l'on se prenne au jeu et que l'on accepte les événements à venir.

Petit à petit, les campagnes sont rattrapées par l'horreur et un épisode (que je ne vais pas décrire pour ne pas gâcher l'intérêt de la lecture) relance la narration avant de nous laisser sur une fin qui n'en est pas vraiment une à première vue. Malgré tout, cette fin m'a plu car j'ai trouvé que quelque chose s'était libéré précédemment. Je vous laisse lire pour comprendre mon charabia mais que si vous l'avez lu, faites-moi part de vos avis en commentaires !

Ce roman aborde bien des thèmes à travers cette histoire : l'empathie malgré l'horreur ambiante, les réactions de chacun au coeur de la débandade (entre autisme, drogues, folie, individualisme), l'existence ou non de l'"instinct maternel", etc.

En résumé, c'est une lecture intéressante et très prenante. La narration est servie par un style incisif, cru par moment, mais qui reflète à merveille l’atmosphère chaotique. J'ai trouvé l'écriture très juste, en fait. Je vous recommande cette lecture (si vous avez le cœur bien accroché et que vous ne craignez pas de vous déprimer avec tout ce noir). 

4/5
Emmanuelle Pirotte
ISBN : 274915104X
Éditeur : Le cherche midi (2016)


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire